La transition écologique est souvent abordée sous l’angle des technologies, des réglementations ou des nouveaux métiers. Pourtant, la Commission européenne invite aujourd’hui à changer de regard : réussir cette transition suppose avant tout de développer de nouvelles compétences.
C’est tout l’enjeu de GreenComp, le cadre européen des compétences en matière de durabilité. Élaboré par le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne et largement mobilisé aujourd’hui par SALTO Green dans le cadre d’Erasmus+, ce référentiel propose une approche originale : considérer la durabilité non comme une discipline supplémentaire, mais comme une compétence transversale qui concerne tous les citoyens, tous les secteurs professionnels et tous les niveaux de formation.
Pour les établissements d’enseignement et de formation professionnels (EFP), cette approche ouvre des perspectives nouvelles. Former à la transition écologique ne consiste plus uniquement à transmettre des connaissances sur le climat ou la biodiversité : il s’agit de préparer les apprenants à comprendre un monde complexe, à coopérer et à agir de manière responsable dans leur futur métier.
Une compétence avant d’être une connaissance
Le premier enseignement de GreenComp est sans doute le plus surprenant. Le référentiel ne cherche pas à former des spécialistes de l’environnement. Il vise à développer des personnes capables de penser, planifier et agir avec empathie, responsabilité et dans le respect des limites de la planète, tout en tenant compte des enjeux de justice sociale et du bien-être des générations présentes et futures. La transition écologique ne repose pas uniquement sur ce que nous savons, mais aussi sur notre manière de raisonner, de collaborer et de prendre des décisions. Cette vision dépasse largement les seuls métiers « verts ». Elle concerne aussi bien un agriculteur qu’un cuisinier, un éducateur, un technicien, un responsable d’exploitation ou un chef d’entreprise.
Comprendre que tout est lié : la pensée systémique
Parmi les douze compétences identifiées par GreenComp, l’une apparaît particulièrement essentielle : la pensée systémique. Le rapport rappelle que les défis auxquels nous sommes confrontés ne peuvent plus être abordés séparément. Agriculture, alimentation, biodiversité, santé, énergie, économie, mobilité ou encore emploi sont profondément interconnectés. Former aux compétences vertes signifie donc apprendre à analyser ces interactions plutôt qu’à résoudre un problème de manière isolée. Cette approche invite les apprenants à dépasser une vision linéaire des situations pour comprendre les effets en chaîne, les interdépendances et les conséquences parfois inattendues de leurs décisions.
Pour l’enseignement et la formation professionnels, cette compétence est particulièrement précieuse. Les futurs professionnels devront être capables d’intégrer les dimensions environnementales, économiques et sociales dans leurs pratiques quotidiennes, quels que soient leur secteur d’activité ou leur niveau de responsabilité. Cette approche fait d’ailleurs écho aux pédagogies qui privilégient l’observation du terrain, l’analyse de situations réelles et le croisement des regards pour comprendre la complexité des territoires.
Imaginer des futurs plutôt que subir les changements
Autre originalité de GreenComp : le référentiel accorde une place importante à la capacité d’imaginer l’avenir. La transition écologique s’accompagne d’incertitudes. Les métiers évoluent, les technologies se transforment, les modèles économiques changent. Plutôt que de préparer les jeunes à un futur unique, GreenComp propose de développer leur capacité à explorer plusieurs scénarios possibles, à faire preuve d’adaptabilité et à envisager des solutions nouvelles. Cette « compétence d’anticipation » constitue un véritable changement de paradigme. Former, ce n’est plus seulement transmettre des savoirs ; c’est aussi apprendre à évoluer dans un monde où les réponses ne sont pas toujours connues à l’avance.
Des valeurs à l’action
Le référentiel européen s’articule autour de quatre grandes dimensions qui se complètent :
- incarner les valeurs de la durabilité, en développant le sens des responsabilités, l’équité et le respect du vivant ;
- comprendre la complexité, grâce notamment à la pensée systémique et à l’esprit critique ;
- imaginer des futurs durables, en développant la créativité, la capacité d’anticipation et l’adaptabilité ;
- agir, individuellement et collectivement, pour accompagner les transformations nécessaires.
Cette progression est particulièrement intéressante. Elle montre que la transition écologique ne se réduit pas à l’acquisition de connaissances : elle conduit progressivement de la compréhension du monde à la capacité de transformer ce monde.
GreenComp, un guide pour les projets Erasmus+
Ce référentiel constitue également une ressource précieuse pour les équipes qui développent des projets Erasmus+. La priorité « environnement et lutte contre le changement climatique » du programme ne se limite pas à réduire l’empreinte carbone des mobilités ou à organiser des actions de sensibilisation. Elle vise aussi à développer des compétences durables chez les apprenants, les enseignants et les organisations. GreenComp offre ainsi un langage commun pour concevoir des projets qui intègrent la durabilité dans les apprentissages, les partenariats et les pratiques pédagogiques. Il invite les équipes à se poser une question simple mais essentielle : Quelles compétences de durabilité nos apprenants développeront-ils grâce à ce projet ?
GreenComp nous rappelle que la transition écologique est avant tout une transition humaine. Elle ne dépend pas uniquement des innovations techniques ou des évolutions réglementaires, mais de notre capacité collective à comprendre un monde complexe, à coopérer, à imaginer d’autres futurs et à agir de manière responsable. Pour les établissements d’EFP, ce référentiel offre bien plus qu’un cadre théorique : il propose une nouvelle manière de penser les apprentissages et d’accompagner les jeunes vers les métiers de demain.

