Islande : des jeunes formulent des solutions pour mieux vivre en ruralité

En Islande, une action locale organisée au sein de VMA a permis d’ouvrir un espace de dialogue centré sur une question simple et décisive : qu’est-ce qui rend une société réellement vivable pour les jeunes en milieu rural ? Autour de la table, neuf jeunes âgés de 16 à 20 ans, deux membres de l’équipe VMA engagés dans la dynamique, et un décideur national, Ingvar Þóroddsson, membre du Parlement islandais. L’objectif n’était pas de produire un débat abstrait, mais de faire remonter des réalités concrètes et des pistes d’amélioration crédibles.

La rencontre s’est structurée autour d’un format participatif (Word Café) permettant d’aller au-delà du constat. Les jeunes ont d’abord décrit la situation telle qu’ils la vivent, puis identifié ce qui devrait évoluer, avant de réfléchir aux moyens d’y parvenir. Ce cheminement a donné une matière particulièrement exploitable : des besoins hiérarchisés, des tensions territoriales assumées, et des solutions formulées dans un langage accessible.

Un premier enseignement ressort nettement : les inégalités d’accès aux infrastructures et aux services conditionnent directement l’envie de rester, de revenir ou de s’installer dans les zones rurales. La mobilité est ressortie comme un sujet structurant, notamment à travers l’état de certaines routes jugées à la fois dégradées et dangereuses, et la nécessité de penser l’aménagement à long terme (avec des infrastructures comme les tunnels routiers, considérés comme essentiels dans certaines zones du Nord et de l’Est). Le logement, décrit comme extrêmement coûteux, s’ajoute à cette équation et pèse sur la capacité des jeunes à se projeter. Enfin, l’accès à la santé — en particulier face aux situations aiguës et graves — a été évoqué comme un point de fragilité, au même titre que la diversification des emplois : plusieurs jeunes estiment que le marché local propose trop peu d’options, ce qui alimente les départs.

Le deuxième axe a confirmé un différentiel territorial très fort : l’accès aux services est perçu comme nettement meilleur à Akureyri que dans les petites communes du Nord et de l’Est. Les échanges ont donné à voir une ruralité à deux vitesses. Côté santé, les jeunes ont évoqué la fermeture progressive de certaines pharmacies dans les petites localités, la concentration des services hospitaliers dans les grands centres, ainsi qu’une offre limitée en semaine dans les communautés rurales. Ils ont aussi souligné le manque d’accès à des professionnels essentiels comme les psychologues et certains services spécialisés. Derrière ces observations se dessine un risque clairement nommé : la perte d’attractivité des petites communes, avec la crainte que des habitants finissent par partir faute de services accessibles.

Sur le troisième thème, les jeunes ont insisté sur ce qui fait la qualité d’une vie en ruralité au-delà des infrastructures : la capacité à se former, à s’épanouir et à se sentir respecté. Plusieurs ont évoqué une offre insuffisante de formation et d’enseignement supérieur dans le Nord, et une attente forte autour du développement de l’enseignement à distance, notamment en raison du coût élevé du logement à Reykjavik et des limites de l’offre distancielle dans certains parcours. Les échanges ont également abordé l’existence de préjugés, de situations d’exclusion et de harcèlement en zones rurales, ainsi que la nécessité de renforcer les soutiens disponibles dans les petites communautés, où l’isolement peut accentuer les vulnérabilités.

La présence d’un membre du Parlement islandais a donné une dimension particulière à la rencontre : elle a permis de relier la parole des jeunes à une écoute politique directe, et de tester la solidité des propositions. Surtout, le Word Café a montré que les jeunes ne se contentent pas d’exprimer des difficultés : ils produisent aussi des idées d’organisation et de solutions pragmatiques, avec une attention constante à la faisabilité.

Pour garder une trace opérationnelle, plusieurs orientations se dégagent et peuvent nourrir la suite du travail :

  • Renforcer l’accessibilité des services dans les petites communes via des solutions itinérantes (spécialistes se déplaçant régulièrement, présence planifiée sur des “jours fixes”).
  • Planifier les infrastructures avec une logique de sécurité et de continuité territoriale (routes, ouvrages structurants), en fixant des exigences plus élevées sur la qualité des travaux.
  • Développer l’offre de formation et d’enseignement à distance, et mieux répartir les opportunités éducatives et VET selon les besoins territoriaux.
  • Mettre l’inclusion au centre, en outillant les communautés rurales contre les exclusions, le harcèlement et les préjugés, et en renforçant les soutiens de proximité.

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