Des échanges de pratiques entre pairs riches d’enseignements

A l’heure ou va prendre fin le programme PRALINE, voici quelques enseignements que je tire des différents échanges de pratiques que nous avons pu vivre tout au long de ce programme de repérage des bonnes pratiques en matière de formation professionnelle en Europe.

La remise en cause de la forme scolaire :

« On n’apprend pas le piano en écoutant un virtuose » ALAIN, 1932.

Au sein des écoles, la crise pandémique a mis en lumière des problèmes qui lui sont antérieurs. Rien de bien nouveau donc, mais qu’il s’agisse d’apprentissage, de relations ou d’activités, les apprenants (et pas seulement les adultes) semblent préférer des formes de scolarisation qui s’éloignent du modèle académique traditionnel. La demande auprès des formateurs est donc beaucoup plus multiforme, et lorsque le processus de transmission des savoirs est mis en avant par les apprenants, c’est toujours parce que la relation établie par le formateur a été positive (et non pas parce que son cours était bon).

La place des pairs :

 » Tu me manques, mon alter ego «  AUBERT. JL, 2001

Pour apprendre, qu’il s’agisse d’adolescents ou d’adultes, l’importance de l’alter (l’autre) est centrale.

L’équipe pédagogique dans le centre de formation, le tuteur en entreprise, les collègues dans l’entreprise, les amis et la famille dans l’environnement social,…, les pairs favorisent les conditions de la confiance en soi, du bien-être et de l’apprentissage (« Les Bonnes fées » ALTER.N, 2023).

Ceci est d’autant plus important que les apprenants naviguent dans un univers complexe (au sens de MORIN.E, 1991) entre environnement et centre de formation (On a tendance à ne penser qu’à ce qu’ils vivent dans le centre de formation, mais on apprend tout le temps et partout).

Apprendre par l’action :

« L’expérience n’est pas ce qui nous arrive, c’est ce que nous faisons de ce qui nous arrive » HUXLEY.A, 1932

Dans la vie de tous les jours, sur le lieu de travail, et même au sein de l’organisme de formation à travers des projets pédagogiques, les apprenants plébiscitent la mise en action comme condition favorable aux apprentissages.

Mais pour cela il y a lieu de :

– Vivre l’expérience dans un contexte favorable,

– Être actif et impliqué,

– Répéter la pratique,

– Appliquer les leçons apprises dans d’autres situations,

– Recevoir un retour d’information constructif,

– Réfléchir sur l’expérience.

Suggestions pour une organisation apprenante

De ces quelques enseignements, et en prenant du recul par rapport aux différentes activités d’apprentissage entre pairs du programme, cela nous donne une indication sur les conditions propices à un contexte d’apprentissage. Par là même cela devrait inviter les ingénieurs de formation, les formateurs et les enseignants à porter un regard neuf sur l’acte d’apprendre ?

En effet, toutes les bonnes pratiques repérées nous incitent à nous concentrer davantage sur les apprenants, sur leur capacité et leur motivation à apprendre, plutôt que sur nos propres actions en tant qu’enseignants.

La relation pédagogique est ainsi renversée : les apprenants ne nous demandent pas en priorité de transmettre des connaissances, mais de les aider à chercher des connaissances dans leurs environnements (de formation, personnel, socioprofessionnel).

Dès lors, comment l’enseignant peut-il se centrer sur l’apprenant et son contexte d’apprentissage ?

D’autant plus que le contexte d’apprentissage ne se limite pas uniquement à la formation formelle et intentionnelle. Les apprenants apprennent tout le temps, à tout moment, en tout lieu.

Nous ne devons donc pas seulement axer nos recommandations sur l’attitude à l’égard de la formation, mais plus généralement sur l’attitude à l’égard de l’apprentissage.

C’est ainsi que les découvertes faites au cours de ce programme nous invitent à penser le rôle du formateur en termes de place à donner à l’apprenant et à favoriser les conditions d’émergence d’environnements « capacitants » (« capabilities » – SEN.A, 2008).

Créons les conditions favorables à l’apprentissage tout au long de la vie

Pour créer les conditions favorables à l’apprentissage tout au long de la vie, nous incitons donc les organismes de formation à organiser des systèmes (programmes) de formation qui prennent en compte et valorisent 6 dimensions interactives :

1- La considération de chaque personne comme capable :

Les personnes sont capables d’agir et d’interagir, elles ont des potentialités que l’expérience peut révéler. Elle n’est pas  » vide  » de ressources ou d’expériences.

2- L’expérience comme levier :

L’appropriation de l’apprentissage se fait par la mise en pratique de l’expérience. L’expérience aide à transformer les ressources en actions orientées vers un but et contribue à la motivation.

3- La coopération comme amplificateur :

Cette co-construction (agir sur son environnement) se fait aussi dans un cadre collectif d’interactions qui amène chacun à écouter l’autre, à construire des arbitrages dans les situations, à s’enrichir de points de vue différents, à co-construire….

4- La réflexivité comme outil d’ancrage :

L’expérimentation ne peut structurer l’apprentissage que s’il y a un retour d’information. La réflexivité est un apprentissage. Regarder ce que l’on a fait, en tirer des enseignements, formaliser les principes et les tester à nouveau….

5- Les conditions de l’expérience :

Toute expérience n’est pas nécessairement une expérience d’apprentissage. Certaines conditions sont nécessaires : le sens et l’intérêt des activités proposées, l’accessibilité, une complexité acceptable, des ressources adéquates, etc. et un environnement humain favorable et facilitateur.

6- L’accompagnement et le soutien avant, pendant et après l’expérience.

Il s’agit de la qualité de la médiation humaine offerte tant dans le centre de formation que dans l’entreprise ou l’environnement social.

En résumé :

On le voit, les centres de formation, et les formateurs en particulier ne peuvent se contenter d’être des « passeurs de savoir » et doivent plutôt se penser en « architectes accompagnateurs de parcours ». Ils doivent ainsi jouer un rôle de médiateur entre les ressources et l’apprenant, stimuler la motivation à apprendre sans oublier d’accompagner les projets de vie des apprenants et d’animer la communauté des partenaires (maîtres de stage, tuteurs en entreprise, etc.).

Un métier complexe donc et rien de tout cela ne sera possible sans repenser le métier et donc la formation des formateurs.

Voici quelques convictions personnelles forgées à la suite des différentes activités d’apprentissage entre pairs que nous avons vécus avec l’ensemble des partenaires du programme PRALINE.

_ Philippe Ristord

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